Enquête sur le Mikvé de Brest
Suite à un article paru dans Libération nous avons enquété pour
savoir si effectivement un Mikvé avit bien existé à Brest autrefois...
Article extrait du journal Libération

Ce
n'est pas exactement une synagogue, mais un mikvé (bain rituel juif). La
scène se
passe en 1940 à Brest. On voit deux soldats allemands s'apprêtant
à entrer
dans un bordel. Un troisième, hilare, regarde le photographe en
levant le
pouce, comme pour dire : «Super !»
Sur
la façade, on voit quatre étoiles de David en mosaïque. Dans
la signalétique urbaine de l'occupant, la maison close se reconnaît au
numéro
de rue indiqué par un très gros chiffre, ici un «3».
A gauche de la porte, une inscription en
allemand : «Ouvert
de 10 à 21 h. Chaque soldat allemand doit quitter cette
maison à 21
h.
Signé : le commandant.»
A droite, une autre inscription
: «Par ordre du
commandant, cet établissement est fermé aux civils.»
Cette photo fait d'une
pierre trois coups : elle est la profanation dun lieu rituel juif,
elle
informe de la disparition des Juifs de la ville, et elle montre le
contrôle des
relations sexuelles vénales entre occupants et occupés.
La rue Guyot n'existe plus... la topographie de la ville d'avant-guerre
est bien diffétente de celle d'aujourd'hui. Cette rue était le lien
entre les deux axes principaux de la ville : la rue Louis Pasteur et la
rue de Siam, à laquelle on accédait par un escalier nommé " l'escalier
du Commandant ".
Voici quelques photographies d'époque extraites des archives de l'armée allemande.
La rue Guyot, au fond l'escalier
menant rue de Siam
La rue Guyot toujours ...
mais en 1945...
La photo a été prise depuis
la rue de Siam du haut de l'escalier
Nous avons pris contact avec le Conservateur des Archives Consistoriales dont voici le courriel :
Dans l' étude
que nous effectuons sur les traces d'une communauté israélite à Brest,
nous navons pas encore trouvé des éléments d'autant plus quen 1940,
il apparaît quil ny a pas de communauté affilée au Consistoire
central.
Je me pose la
question s'il ny a pas eu erreur sur les lieux (c'est fréquent).
D'après vous, l'endroit correspond-il plus ou moins à ce que vous
connaissez ?
Sur ce
premier point, nous pouvons affirmer que cette photographie, extraite
des archives allemandes, concerne bien la ville de Brest dans le
Finistère et non pas Brest-Litovsk en Biélorussie (dont la synagogue
fut incendiée et détruite durant la guerre).
En effet, les photographies allemandes et celles des
ruines de Brest sont comparables, notamment le fameux « escalier du
Commandant »
Mais si ces photographies ont bien été prises à Brest, de quel lieu s'agit-il ?
J'ai pu interroger une de mes connaissances, pompier durant la
guerre,quoi m'a effectivement confirmé que la rue Guyot était connue
comme un endroit "malfamé " où régnait la prostitution.
Il n' avait par contre aucun souvenir concernant
une synagogue ni tout autre lieu de culte israélite à Brest.
A ce stade, nous avons donc
la certitude du lieu, de la date mais aucun élément concernant la
présence d'un mikvé ou d'un lieu de culte israëlite.
Un courriel de Marie-Noëlle Postic, auteur du
livre "Sur les traces perdues dune famille juive en Bretagne" aux
éditions Coop Breizh apporte quelques informations supplémentaires :
Cher Monsieur,
La
question n'est pas simple, et loin d'être tranchée. Je connais
l'article de Libé, mais à ma connaissance l'existence d'un Mikvé n'est
pas attestée à Brest (je dois me rendre aux archives la semaine
prochaine et je vais regarder cela de plus près). La communauté juive
brestoise est alors numériquement très faible, et il est vraisemblable
qu'un lieu "ordinaire" fasse office de synagogue. En revanche la rue
Guyot, comme la rue Kléber, sont les rues de la prostitution, et cela
bien avant guerre. Il existait semble-t-il une maison close "L'étoile
bleue", d'où peut-être cette confusion. Mais je suis loin d'être
affirmative pour le moment.
Ce que je
peux vous dire, et cela avec certitude, c'est que les Juifs de Brest ne
sont pas partis à l'arrivée des troupes allemandes, le 19 juin 40. Ce
sont 52 personnes, dont 10 familles, qui se font recensées en octobre
1940, et à Lambézellec 9 personnes, dont 3 familles. Les Juifs de
Brest, comme toute la population brestoise, quitte la ville au début
des bombardements.
Mon
manuscrit n'est pas terminé ! C'est un long travail qui implique de
longues heures dans les dépôts d'archives et qui, du fait de la
disparité des origines des 135 personnes recensées comme juives dans le
Finistère et du peu de renseignements que l'on peut espérer trouver,
pose de vraies difficultés de construction du texte. Mon propos, comme
pour le livre que j'ai consacré à la famille Perper, est de rendre
compréhensible à des lecteurs qui connaissent mal cette période noire
de notre Histoire ce que fut la Shoah à partir d'histoires (souvent de
bribes d'histoires) individuelles.
Je ne manquerai pas de vous informer si je trouve des informations concernant ce "3" de la rue Guyot.
Si la photographie avait été en couleur, nous aurions vu si la façade
en mosaïque comportait du bleu ou non.
Sagit-il donc de l'
établissement "L'étoile bleue" ? Une étoile à 6 branches comme
enseigne en souvenir d'une parenté lointaine ou par pure raison «
commerciale ».
En retournant sur le
site des archives allemandes, un examen des autres photographies, en
particulier celles prises à l'intérieur n'apporte pas de nouveaux
éléments.On n'y voit rien de plus que des salles au décor anonyme...et
quelques pitoyables soldats avinés...
Rien ne pouvant évoquer la présence d'un bain rituel...
Le classement des photographies est éloquent :
« Propagandakompanien der Wehrmacht Marine ». Nul besoin de savoir
lire l' allemand pour en comprendre le sens. Il semblerait que nous
ayons affaire à une simple propagande de la marine allemande.
Cet avis semble partagé par le Conservateur des Archives :
Monsieur,
En effet, j'avais déjà eu
loccasion de fréquenter les archives allemandes et d'avoir douté de
l'origine des photos. Aussi, je vais continuer les investigations mais
je penche pour votre première hypothèse mais dans quel but ?
La propagande antisémite était déjà bien établie à cette époque. Enfin, je vais encore prospecter.
Il ne s'agirait donc que de photos de propagande pour la marine.
Le site des archives allemande précise que la série de photos a été prise dans un "ancien lieu de culte juif"...
Il fut un temps ou propagande et profanation faisaient bon ménage.
Dov
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